jeudi 10 septembre 2009

la ronde

Parfois on part complètement dans son monde
on se débat, après les ébats, encore toute une vie
comme un coeur de veau là étalée en flasques ventricules,

rien n'y pourra faire, gesticule, l'échéance, en vain,
engrange des points, le monstre du monde échancré
s'aplatit à l'égal du crapaud odieusement ventru.

Parfois, s'estompent les repères secoués en sac,
sujets au mal de mer, régurgitation intempestive,
des nausées de miel effleurent la courbe mièvre des lèvres,

rien ne saurait changer que ce glissement tangible
vers la noirceur suave des fossés emplis de boue mauve,
rien n'y pourra faire, tes gestes et mines, tes plis et replis.

Parfois comme neige qui s'envole en plaques duveteuses
t'étreint une fringale brune, abrupte revanche contre les mets
qui ne commettent jamais d'erreur en étant eux-mêmes.

Rien que poussière dans les mots qui grondent sourdement
retombent en dalles mortuaires tagués d'encre bleue
tout droit sortie de la porcelaine de l'écolier d'antan

Rien que poussière de mots, la mort en filigrane,
qui d'un bras vigoureux paralyse le plus faible d'entre nous,
lui interdisant d'aller plus avant, sa place est en enfer!

Pulpe de mots, moroses, sculptés, retournés, massés,
fustigés, un mot en cache un autre, et l'interprétation
recouvre la forme et le sens, souvent la décence.

La ronde fauve, pourvue de couronnes de lierre massacré,
entonne l'hymne persécutant de la vie en suspens,
la ronde de l'automne suscite autour de nous la fuite des étoiles.

jeudi 3 septembre 2009

à cloche-bouillon

Oh que j'aime ces noms composés débridés
qu'on dirait sortis tout droit d'un torchon,
qui, de mots, se voient attribuer la qualité de néologisme,
attitude cependant logique pour décrire l'invisible en nous,
à cloche-bouillon, ça sent la galoche paysanne
et la dérive dans les bouillons de ruisseau, les remous du cerveau...

A cloche-bouillon, se boire un bouillon
une fausse décoction qui par nature se décompose,
suspendre sa vie aux crochets venimeux de la rêverie,
à cloche-pied, coche-case, et autre truc nase,
et le clocher pourfendu par la croix anti-foudre,
les pierres grignotées de vieille joliesse!

A clocheton, à croupeton, et à ramasse-caille,
tout un présage, un large geste présomptueux,
une gerbe de cageots déboîtés, boiteux, dégoulinants,
il me semble entendre hurler à mes oreilles
les cordes du vocable élitiste bousculé dans ses flatulences
extra littéraires, cloche-bouillon, décoche la case!

échaffaudage sanglant

Les mots giflent, griffent à l'intérieur, grattent à la porte
porte de prison de la mutité, hurlements ingrats de la surdité,
mais où étais-tu passé, toi que j'attendais au son muet des horloges,
à quel plafond gris as-tu accroché tes regards errants, tes retards vains?
Une souris accroupie attend une gratification, une ondulation des doigts,
elle ne sait qu'attendre de la soi-disant humanité de l'homme et se capitonne,
je me roule en boule, brisée, dans les franges des buissons esseulés,
reprends tous les virages de tes accents farouches comme nourriture,
caresse vaguement tous les moments ensemble passés, enfourche la cavalcade
des torrents bruissant de vaine vie, de proche mort, parfois le courage,
les flammes, la joie, puis la décrépitude en sourdine ronfle comme des milliers
de grondins entre-mêlés à la naissance de la vague, des notes dures accrochées
en sillons, serpentins sergés qui vitupèrent, s'exaspèrent.
Des fausses notes, des papillons libérés d'un corset pour mieux mourir en plein vol,
regret feint, défunte mélancolie, des mots pour toute communication,
des vibrations cruelles pour toute mélodie. Morosité rose, interdiction de perdre pied,
raser des trottoirs imaginaires, imaginer une marche longue et méthodique...
des étoiles noires, des cruches lourdes de métal, de pierres brutes, de ruches gravées,
un noir insecte étincelle, hante mon esprit, étire ses ailes de conspiration,
je bruisse intensément de tous tissus internes, de clivages, de lavages rebondis,
je verdis et crache des idées corbeau, trace des courbes de futur improbable,
le futur est totalement prévisible, la moiteur, la langueur, la fatigue de la peur
des ridicules déclinées à toute berzingue, je dévie à pleins tubes, accro du chrome
libidineux, rêve de mots à flanc de clavier, comme si le clavier représentait une montagne,
un sommet ne culminant plus jamais, tellement sa crête se noierait dans la fécondité
nuageuse, la tête, les épaules n'en finiraient plus de chavirer pour se gaver d'infini,
d'infinitésimales gouttelettes astringentes, âpreté d'un commun amour jamais déclaré,
jamais consommé, des mains liées en cernes béats, cernes de la peur, peur de te voir,
peur de te perdre, peur de se tromper, peur d'errer.
Mais les crampons serrent leurs mailles, les lierres plombent leur support,
aucun risque, hors la fissure viscérale, la trouille verte de sentiments touffus,
luxuriance de ta végétation, débilité de mes exigences, à rebours, nous vivons à rebours.
Un autre retour, à une autre vie, des vices, des marais, des inconsistances,
tout ceci abonde de noms, de non-constructions, tentant de transcrire les sombres
pointillés vagabonds des rebonds et des remords.
Le mot remords donne l'envie de mordre, de le mordre sauvagement, remords de qui,
tort de quoi, envie de quand et d'où...
Le billet que j'attends ne vient pas, n'arrive plus, mes messages se recroquevillent
pour retomber à l'état de cendre libre, se détachant en maintes particules.
Je rêvais d'un autre monde, il pensait partir à l'assaut de la vie, de la liberté, tu pensais
vraiment être le détracteur de belles pensées et tous ces mots sauvages meurent
comme ils sont nés, beaux, vrais, puis faux et laids, vieux, morts.