lundi 2 novembre 2009

A cet instant précis

J'ai compris avec la fulgurance d'un jet d'eau jailli de la paume
d'une main maladroite que cet instant fugace, bleu au lait de figue
était allé rejoindre la manche profonde des oublis volontaires,
la vacation sans rémission, la gerbe des petits bruits inutiles,

un tintement sans vocation de clochette perdue, grise, fêlé,
tel le verre harmonieux dont on tenterait de tirer un son similaire,
un cri sibyllin d'hirondelle blessée détournée de sa migration annuelle,
un regard grillagé, méfiant, retors, camouflé, obturé, cinglant, ignorant,

une faïence ironique, feignant d'oublier les dessins par elle transportés,
à cet instant précis j'ai compris qu'exfolier ces strates de ridules
pour les humer se révélait un geste insensé, je ne pourrais m'approprier
cet opium, ces vertiges de l'amour délivrés par la volonté propre du sujet.

Plus jamais mes yeux ne rencontreraient la pulpe de son regard
éclaté en quartiers lisses de pomme, il divergeait trop souvent
se raccrochait aux électrons libres de l'air vicié, se fixait sur les textiles,
plus jamais il ne plongerait directement au fond de mes racines mentales,

il vaguerait juste en vastes libellules planes et irisées, fières, jeunes,
seules, ou accouplées à la brise saisonnière, surplomberait la hauteur
de ses dunes, doutes internes, à l'abri dans cette tour qui croule de mémoire,
il franchirait la ligne de mon cuir chevelu sans éprouver le frisson attendu,

déplacerait ses pensées comme des meubles tout en faisant attention
qu'aucun d'eux ne m'effleure de son bois dur et lustré, cueillerait des idées
sans jamais m'en exprimer l'once d'une ombre, superficie intense intériorisée,
cacherait à ma vue la langue de ses messages moussus, touffus, goulus,

à cet instant même où je lui montrerais ce vague message de tristesse confite.

samedi 31 octobre 2009

épluchure de pierre

Comme un satin les doigts se fourvoient dans une escalade dangereuse
renâclent, courent à la débâcle, se chiffonnent en un rude remous,
en vertige, découvrent le corps granuleux de la marche de pierre
dévorée d'une petite mousse ronde en forme de dos d'hérisson,
s'érigent en amants très tendres et se griffent enfin contre la dureté
indéniable des mille grains agglutinés, serrés, dénudés, matité émouvante.

Comme un col de cygne les doigts se penchent vers le seuil de pierre
en deuil, lierre liégeois empreint d'éblouissantes paillettes d'humidité,
se meuvent en catimini pour, blanc satin, déchiffrer cette agonie difficile,
il courent, pianotent, minaudent, enfin pourlèchent cette grève inaccessible.
Ils esquissent ce mouvement érotique, ébouriffent à rebours la matière inerte
qui, blême, souhaiterait ardemment posséder ce pouls qui pulse et fait gicler la vie.

Une larme de pierre semble percer au profond d'un interstice infime,
juste une trace diaphane, déliée en un rouleau argenté, serait-ce un signe?
Ont-ils pu débrider ce délire d'amertume figée, griffer le vide et le froid
de ce noble matériau fièrement étalé? Ont-il su décrypter cette glaciale
apologie de la mort digne, dégoutter doucement comme on transpire
sur un corps qu'on aime? Une mousse au détour de ces frigides

aspirations de pierre, ne sachant ni respirer, ni inspirer, poumons atones,
jalouses Hermiones au long parcours sanglant, instauration d'une loi
du silence où nul mot ne saurait être prononcé sans faire frissonner ce
morne végétal, en survie, ne roulant, n'amassant aucun galet de compagnie,
inspiration du moment, en harmonie avec le passage galant d'une nuée de nuages,
ombre vibratoire, insufflant pour un grêle instant, l'aile du mouvement passager.

A rebours, les doigts ossifiés abreuvent leur squelette de cette maigre pitance,
les voiles de la tentation tombent lentement en berne, n' éprouvant cette douceur
du phallus dont on distend les tissus en secousses savamment agencées,
déçus, déchus, inutiles, tombés en disgrâce, raidis par le manque d'affection,
éblouis plus loin par les tiges de blé, les pétales arrondis de colchiques décaties,
tentés d'abandonner à tout jamais cette atroce maîtresse de pierre, envieux granit.

jeudi 29 octobre 2009

spirale de pierre

colimaçon ardu de sentiments pointus
rêvant d'appartenir à la lignée des rêves humains,
mais je ne vois que pierre ankylosée, graduée,
pleine en pied, peine de l'homme, dure,
elle n'obéit guère qu'à son immobilité froide,

torse nu pierre ne frissonne jamais, coeur de
pierre ne sourcille non plus si ce n'est pour s'émouvoir
d'une infime dégradation portant atteinte à sa perfection,
une frange de mousse s'installe, frigide végétal,
serpent gris aux écailles tordues, mol reptile nubile,

colimaçon ardu de sentiments pointus,
je rêve de messages charnus, de bagages velus
susceptibles de m'adorer lors de bleus voyages,
groupe de brindilles charmantes pourléchant ma pensée,
tout en haut la tour marmoréenne aux bras de l'horizon,

j'appréhende ces dédales indécis, inconstants de l'ombre,
de la froidure, de frondaisons pendables qui masquent
toute tentative de dard réconfortant, ces dédales
s'enroulant tels de longues écharpes strangulant
la moindre échappatoire sentimentale ou respiration

en moi se déploient les chemins lugubres d'esprits tortueux,
tortues lourdes de tragédie blanche, attaques en différé
qui me laissent ivre les bras en croix, crucifxion expiatoire
censée brûler des tâches qui ne sont pas miennes,

colimaçon des débris de pierre insalubre, descendre
ces marches abruptes le plus rapidement possible,
se hâter sans tomber, ne pas oublier l'absence des rembardes,
aucune protection, chute libre, vertige de l'égarement,
vite, retrouver le sol des fleurs, des arbres et de ma soeur.

mercredi 28 octobre 2009

mélodie enrubannée

c'est très joli cette mélodie molle qui clignote
enrubannée telle cette nouvelle que tu m'annonças
une nouvelle longue, tranche pleine de melon-ballon,
ces manches retroussées sur l'ardue tâche de ta réflexion

joliesse souple de couples de notes à la dérive lente
crochetées de maille noire, couperet net de la sensibilité,
étrange mal-être humain flottant en drapeau retors,
mors maladroit qui entrave les mots, les motets,

une mélodie si douce en rapport à un mal latent,
sourd, sournois, hypocrite, masqué, madrigal malsain,
dichotomie informe du sourire et de la déchirure féminine,
un souffle, un répit, un tourment, un doigt jeté en l'air,

une mélodie enrubannée qu'importe elle me fait penser
à un gros oeuf de pâques totalement absurde dans sa forme,
sa présentation, son existence même, ruban trop riche,
incrusté de brillance faussement attrayante, de tenue

trop rudimentaire pour attirer mon attention introvertie,
un papier rutilant, pétillant, triste d'aspect, l'ongle s'y brise
s'y noie à loisir comme pour renier ces fioritures tournoyantes
trop transsexuelles pour évoquer un quelconque agrément

je ne peux dédier cette mélodie à personne qu'à moi-même
mélodie des temps qui chutent, des dents qui ricanent,
des ombres pernicieuses qui obstruent mon paysage imaginaire,
mélodie d'un autre temps, d'une autre liberté un jour gagnée.

jeudi 10 septembre 2009

la ronde

Parfois on part complètement dans son monde
on se débat, après les ébats, encore toute une vie
comme un coeur de veau là étalée en flasques ventricules,

rien n'y pourra faire, gesticule, l'échéance, en vain,
engrange des points, le monstre du monde échancré
s'aplatit à l'égal du crapaud odieusement ventru.

Parfois, s'estompent les repères secoués en sac,
sujets au mal de mer, régurgitation intempestive,
des nausées de miel effleurent la courbe mièvre des lèvres,

rien ne saurait changer que ce glissement tangible
vers la noirceur suave des fossés emplis de boue mauve,
rien n'y pourra faire, tes gestes et mines, tes plis et replis.

Parfois comme neige qui s'envole en plaques duveteuses
t'étreint une fringale brune, abrupte revanche contre les mets
qui ne commettent jamais d'erreur en étant eux-mêmes.

Rien que poussière dans les mots qui grondent sourdement
retombent en dalles mortuaires tagués d'encre bleue
tout droit sortie de la porcelaine de l'écolier d'antan

Rien que poussière de mots, la mort en filigrane,
qui d'un bras vigoureux paralyse le plus faible d'entre nous,
lui interdisant d'aller plus avant, sa place est en enfer!

Pulpe de mots, moroses, sculptés, retournés, massés,
fustigés, un mot en cache un autre, et l'interprétation
recouvre la forme et le sens, souvent la décence.

La ronde fauve, pourvue de couronnes de lierre massacré,
entonne l'hymne persécutant de la vie en suspens,
la ronde de l'automne suscite autour de nous la fuite des étoiles.

jeudi 3 septembre 2009

à cloche-bouillon

Oh que j'aime ces noms composés débridés
qu'on dirait sortis tout droit d'un torchon,
qui, de mots, se voient attribuer la qualité de néologisme,
attitude cependant logique pour décrire l'invisible en nous,
à cloche-bouillon, ça sent la galoche paysanne
et la dérive dans les bouillons de ruisseau, les remous du cerveau...

A cloche-bouillon, se boire un bouillon
une fausse décoction qui par nature se décompose,
suspendre sa vie aux crochets venimeux de la rêverie,
à cloche-pied, coche-case, et autre truc nase,
et le clocher pourfendu par la croix anti-foudre,
les pierres grignotées de vieille joliesse!

A clocheton, à croupeton, et à ramasse-caille,
tout un présage, un large geste présomptueux,
une gerbe de cageots déboîtés, boiteux, dégoulinants,
il me semble entendre hurler à mes oreilles
les cordes du vocable élitiste bousculé dans ses flatulences
extra littéraires, cloche-bouillon, décoche la case!

échaffaudage sanglant

Les mots giflent, griffent à l'intérieur, grattent à la porte
porte de prison de la mutité, hurlements ingrats de la surdité,
mais où étais-tu passé, toi que j'attendais au son muet des horloges,
à quel plafond gris as-tu accroché tes regards errants, tes retards vains?
Une souris accroupie attend une gratification, une ondulation des doigts,
elle ne sait qu'attendre de la soi-disant humanité de l'homme et se capitonne,
je me roule en boule, brisée, dans les franges des buissons esseulés,
reprends tous les virages de tes accents farouches comme nourriture,
caresse vaguement tous les moments ensemble passés, enfourche la cavalcade
des torrents bruissant de vaine vie, de proche mort, parfois le courage,
les flammes, la joie, puis la décrépitude en sourdine ronfle comme des milliers
de grondins entre-mêlés à la naissance de la vague, des notes dures accrochées
en sillons, serpentins sergés qui vitupèrent, s'exaspèrent.
Des fausses notes, des papillons libérés d'un corset pour mieux mourir en plein vol,
regret feint, défunte mélancolie, des mots pour toute communication,
des vibrations cruelles pour toute mélodie. Morosité rose, interdiction de perdre pied,
raser des trottoirs imaginaires, imaginer une marche longue et méthodique...
des étoiles noires, des cruches lourdes de métal, de pierres brutes, de ruches gravées,
un noir insecte étincelle, hante mon esprit, étire ses ailes de conspiration,
je bruisse intensément de tous tissus internes, de clivages, de lavages rebondis,
je verdis et crache des idées corbeau, trace des courbes de futur improbable,
le futur est totalement prévisible, la moiteur, la langueur, la fatigue de la peur
des ridicules déclinées à toute berzingue, je dévie à pleins tubes, accro du chrome
libidineux, rêve de mots à flanc de clavier, comme si le clavier représentait une montagne,
un sommet ne culminant plus jamais, tellement sa crête se noierait dans la fécondité
nuageuse, la tête, les épaules n'en finiraient plus de chavirer pour se gaver d'infini,
d'infinitésimales gouttelettes astringentes, âpreté d'un commun amour jamais déclaré,
jamais consommé, des mains liées en cernes béats, cernes de la peur, peur de te voir,
peur de te perdre, peur de se tromper, peur d'errer.
Mais les crampons serrent leurs mailles, les lierres plombent leur support,
aucun risque, hors la fissure viscérale, la trouille verte de sentiments touffus,
luxuriance de ta végétation, débilité de mes exigences, à rebours, nous vivons à rebours.
Un autre retour, à une autre vie, des vices, des marais, des inconsistances,
tout ceci abonde de noms, de non-constructions, tentant de transcrire les sombres
pointillés vagabonds des rebonds et des remords.
Le mot remords donne l'envie de mordre, de le mordre sauvagement, remords de qui,
tort de quoi, envie de quand et d'où...
Le billet que j'attends ne vient pas, n'arrive plus, mes messages se recroquevillent
pour retomber à l'état de cendre libre, se détachant en maintes particules.
Je rêvais d'un autre monde, il pensait partir à l'assaut de la vie, de la liberté, tu pensais
vraiment être le détracteur de belles pensées et tous ces mots sauvages meurent
comme ils sont nés, beaux, vrais, puis faux et laids, vieux, morts.

mardi 7 juillet 2009

insignifiance

Je redoute d'avance l'insignifiance,
l'indifférence, l'atout majeur de cette journée,
ces redondances, ces légères blessures
inhérentes aux liens de sociabilité exigés,

parfois j'ai recours à l'apnée, au secours
de l'oubli qui ne me fait rien oublier du tout,
me tire par la peau du cou jusqu'au fond du trou,
j'en appelle à mon sens rationnel de la relativité,

rien à faire, la blessure s'approche, la tension
répand ses graines empoisonnées, un remous
étire ses plaintes, la vague lèche et attise
les surfaces endommagées, le sel épaissit le mal,

je retends les cordes de ma volonté, ma voix zen,
je pense au coton qui devrait m'engloutir de volupté,
aux sièges mous dans lesquels je devrais m'enfoncer,
à mon souffle que je dois élargir sous peine de m'égarer,

mais cette insignifiance, cette lugubre journée
déploie ses horreurs de magie putréfiée
pour me signifier que je suis sujette aux aléas
de tous les damiers de la vie que je ne sais gérer,

qu'il ne faut pas rêver, le bonheur en soi, difficile
à capter, tous panneaux solaires confondus,
retendus maintes fois afin d'y trouver un exutoire,
le rêve capitonné dort à l'abri de nos doigts de vent.

comme un thé salvateur

Des mots comme s'il en pleuvait
comme si on les buvait, c'est cela
le lecteur, même moi, je les infuse,
les renverse afin de les boire en entonnoir
jusqu'à la lie, des images filantes, filées,
mailles majestueuses qui font flaques,
trous épuisés majeurs dans lesquels
les doigts s'immiscent de façon jouissive,
si je tire un peu plus, la faille, la maille,
s'étire, se faufile, des traînées d'étoile,
des marques tangibles d'une présence
infaillible remarquable, des buées
transpirantes, des écorchures larges
kaki pivoine loin des paillettes fardées.

Des mots comme des graines jetées,
des élans moteurs allant germer
des palettes d'ailes arachnéennes,
des voiles mélangés de couleurs inventées,
des mots comme s'il en pleurait,
comme s'il s'en buvait sous forme de thé,
négligemment coulant d'un bec verseur,
offrande à tous les quémandeurs de liquide
lénifiant, tonitruant, organique, essentiel.

le sang des doigts

Les doigts sont le fil conducteur des mots
le catalyseur, l'annonciateur, le fuseau,
il s'en écoule le sang de la rage, les larmes
du néant transparent cristal songeur,

des quartiers de lune sont tracés déperlants,
sages débris de cercle un peu mous, oblongues,
des sacs de débris mélangés que l'on secoue
des confettis vermoulus qui giclent de papier,

du sang sur les doigts, culpabilité d'un jour,
cruauté quotidienne, maladie rose intérieure,
bulle de joie savonneuse riante parfois,
mais je ne crois pas à l'innocence des doigts,

qui filent leur trame à toute vitesse de touches,
de but en blanc, pas si blanc après tout, car
de chrome luisant en dahlia du Mexique,
s'effritent les pétales en sandales fragiles

semées, traquées, oubliées à peine nées,
c'est le charme des mots sans cesse jetés
couchés bas, désarmés, déshabillés,
nudité du scripteur alarmé se pensant masqué

et surtout le clavier des mots improvisés en piano
c'est une douce musique sirupeuse poivreuse
qui entonne sa mélodie de la vie qui dit
s'enfuit, se renie, se réaccorde, se souvient.

dimanche 5 juillet 2009

signes cabalistiques

Sur des dalles grèges courent des signes
bruts comme fier granit, des lézardes
bues comme sang frais versé au hasard,
sacrifice exigent aux rites purificateurs,

sur des dalles beiges courent des mains
sources fâcheuses de ballets insignifiants,
roses ignares et volubiles, ivres de paroles,
violettes cachées au fond du sac vicieux,

il s'y inscrit des signes vert poison acide
une cabale se noue, un souvenir s'évapore,
l'instant présent fume d'ignominie,
les dalles coulent, épongent cette facilité

déployée à obtenir le pardon immédiat
pour la tache indélébile, le ciseau vrillé
dans les seins du néant, tire sa proie
hors du rêve, l'extrait d'une noire magie

sans pour autant vouloir délibérer,
tu laisses les messages s'envoler tristes
oiseaux de papier au goût mâché, âpre,
les signes seulement t'obnubilent,

partagent sans relâche la moitié de
tes actes quotidiens au relent de lenteur
incrustent leur bracelet magnétique
dans le fond de ton cerveau révolutionné.

Sur les dalles grèges de ce qui n'était pas l'amour,
tu déflores mes appréhensions, pousse les portes
de palissandre de mes émotions, les piétinant
sans sourciller, sans ombrage, sans nuages,

tu repars de l'autre côté du miroir, te questionnant
irrémédiablement sur l'existence tangible d'autrui,
quel est cet être qui me ressemble, n'est qu'une enveloppe,
ni vide, ni pleine, que je ne peux secouer pour en vérifier le contenu?

Quel genre de dommages puis-je causer en guise d'expérience,
à cet autre que moi? Le flatter, tirer les nattes de sa crédulité,
puis faire marche arrière, casser, meuler, ramper, s'excuser,
face à une réceptivité égale à la mienne, reptile ignoré!

En marge, j'opte pour les marges, les marches, les dalles,
dans lesquelles je me fonds inextinguiblement,
conglomérat de pierre broyée fustigée ruinée concassée
mon sourire n'a d'autre but que de sauvegarder ton image

brillante au fond de mes rétines, de mes routines débiles,
ce souffle que j'avais cru pressentir sur le vent de mes mains
et plus loin sur la pointe de mes seins, le bas de mes reins,
ces larmes croisées, mélangées qui semblaient nous lier à jamais.


vendredi 3 juillet 2009

le frelon me pique

Le frelon tourbillonne autour de mes oreilles,
rayé de velours, ventru, imbu de ses circonvolutions,
j'esquisse un geste de recul envers ce que je crains
comme une piqûre douloureuse, prête à me voir
gonfler comme un ballon de baudruche rouge vif,

j'imagine le bruit de ses ailes, une voile miniature
de navigation archaïque, un cri de violon faible,
j'étire le pavillon externe de ce qui me tient lieu d'oreilles,
mais aucun souffle, l'oreille interne reste terne, tait sa colchée,
les cellules cilliées boudent un quelconque rimmel,

ne m'offrent plus ces infimes cocktails de tasses de sons,
s'intériorisent calcinéés à tout jamais, ventres morts,
coquillages béants, stériles vides de vie, alors je caresse
la vue de velours, privilégie les qualifications nominales,
en délivre à profusion, la vue contre l'ouïe, c'est équitable,

j'imagine donc le bruit glissant des ailes diaphanes
qui dirigent ce frelon, brutal à l'occasion s'il bute
sur un obstacle rigide, cherche son oeil, petit, rond,
noir, je suppose, son nombril, ses rides, mais c'est un frelon
affairé, en quête de nourriture, de progéniture, de procréation,

il pourrait me piquer, m'attaquer, hurler, me retourner,
tout simplement il s'en retourne, part vers d'autres lieux,
d'autres cieux, d'autres nectars, d'autres voyages, d'autres magies,
me laissant ainsi confrontée au simple bourdon existentiel.

Je prends note

Mes textes ne veulent rien dire!
c'est un reproche mort qui me laisse
non sans mots mais sans voix!
les mots doivent interpeller le lecteur,
lui offrir le droit de rêver.

Mais comptez vos doigts, rompez vos lois,
ne comprenez pas, c'est codé, à double sens,
et je ne sais dépecer ces bardes molles
qui entourent systématiquement mes formules

comme si je voulais me cacher, une première écorce,
puis une autre, une étoffe enroulée sur des kilomètres,
un cocon inviolable qui n'appartient qu'à moi,
pudeur extrême des mots qui sont chair et profondeur,
sang et ongles, blessures mêlées conservées à l'étouffée,

comme si je voulais à la fois rompre les codes
mais malgré tout m'enfermer dans une gaine,
poser les barrières de mon être en piquets rigides,
puis on écrit on pétrit on renvoie de soi dans les mots
les lignes qui défilent non pour nous survivre
mais nous inscrire dans une trajectoire commune

jamais si exceptionnelle, on peut tout écrire, sa vie,
ses souvenirs, mais l'humilité peut être telle que l'on
s'astreigne plutôt à gommer ses traces et ainsi favoriser
l'élan créateur autonome, riche de sa spontanéité,
simple mouvement musical, mots posés comme des tableaux,
des coups de pinceaux, des bleus guéris par cette magie.

Mais je prends note, je me lamente de ne pouvoir m'inscrire
dans cette importune réalité figée comme une lune
je me réjouis de m'enfuir dans la cavalcade insensée des mots,
je m'instruis de votre étonnement, je le rédige puis le néglige,
le tout, l'essentiel étant que les mots soient un vrai reflet
en totale adéquation avec mes tapisseries intérieures si peu étranges.

Un champ s'étire

Bleu envers en rêve
contre toute attente
s'élève l'hymne guttural
de routes amènes amères

les routes vers les champs
atouts magnétiques
diamants éphémères
déploient leurs fleurs

en pleine lumière
les étamines lèchent
pourlèchent le soleil
comme la vague la grève

un champ s'étire le bas
du dos en somnolent chat
te prend sous les bras
afin de soutirer ce qui en toi

reste de vie souffreteuse
peu sulfureuse presque affreuse
une grimace quelconque de peau
une ride collée qui affole ta cornée

balancée dans un relent de miroir
étouffé caché près d'un bleu de chine
ce masque ces extraits ces bouches
ces récits tout dit de moi qui je suis

toute pluie lave ma perception engloutie
tout arbre indique un indice spatial
je navigue parmi les débris naturels
de l'environnement développé à mon insu

tout bruit, tout me nuit, tout m'ennuie,
mais des liens se tissent en sourdine
parmi les sillons chaotiques les indignations
assignées par de chères mains m'entourant

d'affections froissées pétales purpurins
enfantins jour toujours nouveau
croquant comme un fruit frais
qu'il est agréable d'arracher sans péché.

Bel envers envolé des bleus cassés
ma routine s'énamoure de ces champs
roulants en partance sans exigence
en partance vers des oublis qu'on déplie.


Mes humeurs

Elles sont fétus de paille
organisations défectueuses
chaises vides où trône un roi mort
billes de verre sans direction

Elles seraient aussi ridées
qu'une pomme pelucheuse
si je devais en faire la description
elles seraient mantille antique

Alors je préfère prendre la fuite
brûler mes bambous mon ossature
croire que je ne suis que verre friable
laisser tous mes à -priori là ici

s'envoler comme des plumes
des franges mortes de cheveux
des bigoudis capitonnés rescapés
des frelons lourds des gonds inertes.


lundi 29 juin 2009

Pauvre Don Juan

Tu n'étais pas le seul à croire étreindre la queue des comètes
ou objets durs interplanétaires, la poussière d'encre s'éveille,
renaît en chacun de tes homologues, fiers confrères accroupis,
croassant des chants de lyre aux ressources écornées, démolies,

à la lueur d'une lune de forte stature, madone lointaine, ivre,
en quête de la moindre douceur lorsque le monde est endormi,
tes envols frénétiques rivent au coin de mes lèvres un sursaut gris,
de quels mots parles-tu, de quel mal souffres-tu qui te conduisent

à frapper la femme au sac de ses sentiments, au détour de ses bleus?
Quel ivresse sculpturale te pousse aux bras inertes qui passent en rêve,
quel raisonnement emphatique te permet de croire que seule ton enveloppe
serait susceptible d'éveiller un quelconque intérêt? Irrésistibilité, vanité?

Aucune de ces deux solutions ne saurait satisfaire à l'insoluble question,
Pauvre Don Juan, après avoir dressé ta liste macabre de noms qui dansent
inertes claquant de leur maigre squelette, mange et dors, sors dans la pénombre,
pousse tes sombres cadavres dans le charriot de ton propre désespoir!

Seul tu es, dans ces innombrables tentatives à croire que tu existes,
tu te traînes et cherches en autrui, le moyen de détruire ce qui en toi
te déplaît, adorer la peau pour mieux s'immiscer dans le cerveau,
mieux introduire les cloques de tes fantasmes gluantes de fausses larmes.

Seul, mon pauvre beau spécimen, comme un bégonia éteint, plus aucune lueur,
dans tes putrides pupilles rivées à l'intérieur de tes messages singuliers,
seul, sculpture frigide nouée au monde pour un temps qui vrille,
mais ne sourcille, les fruits de ton exultation ne sont pas moisson,

sans doute dispersion, volatilité extrême, brûlure hystérique,
joie morbide d'écharper la moindre trace de pureté, ou sincérité,
je te connais sans peur, lisse tes failles au miroir de mon étonnement,
je te reconnaitrai à travers toutes les autres fleurs de lys frêles, mièvres.