jeudi 3 septembre 2009

échaffaudage sanglant

Les mots giflent, griffent à l'intérieur, grattent à la porte
porte de prison de la mutité, hurlements ingrats de la surdité,
mais où étais-tu passé, toi que j'attendais au son muet des horloges,
à quel plafond gris as-tu accroché tes regards errants, tes retards vains?
Une souris accroupie attend une gratification, une ondulation des doigts,
elle ne sait qu'attendre de la soi-disant humanité de l'homme et se capitonne,
je me roule en boule, brisée, dans les franges des buissons esseulés,
reprends tous les virages de tes accents farouches comme nourriture,
caresse vaguement tous les moments ensemble passés, enfourche la cavalcade
des torrents bruissant de vaine vie, de proche mort, parfois le courage,
les flammes, la joie, puis la décrépitude en sourdine ronfle comme des milliers
de grondins entre-mêlés à la naissance de la vague, des notes dures accrochées
en sillons, serpentins sergés qui vitupèrent, s'exaspèrent.
Des fausses notes, des papillons libérés d'un corset pour mieux mourir en plein vol,
regret feint, défunte mélancolie, des mots pour toute communication,
des vibrations cruelles pour toute mélodie. Morosité rose, interdiction de perdre pied,
raser des trottoirs imaginaires, imaginer une marche longue et méthodique...
des étoiles noires, des cruches lourdes de métal, de pierres brutes, de ruches gravées,
un noir insecte étincelle, hante mon esprit, étire ses ailes de conspiration,
je bruisse intensément de tous tissus internes, de clivages, de lavages rebondis,
je verdis et crache des idées corbeau, trace des courbes de futur improbable,
le futur est totalement prévisible, la moiteur, la langueur, la fatigue de la peur
des ridicules déclinées à toute berzingue, je dévie à pleins tubes, accro du chrome
libidineux, rêve de mots à flanc de clavier, comme si le clavier représentait une montagne,
un sommet ne culminant plus jamais, tellement sa crête se noierait dans la fécondité
nuageuse, la tête, les épaules n'en finiraient plus de chavirer pour se gaver d'infini,
d'infinitésimales gouttelettes astringentes, âpreté d'un commun amour jamais déclaré,
jamais consommé, des mains liées en cernes béats, cernes de la peur, peur de te voir,
peur de te perdre, peur de se tromper, peur d'errer.
Mais les crampons serrent leurs mailles, les lierres plombent leur support,
aucun risque, hors la fissure viscérale, la trouille verte de sentiments touffus,
luxuriance de ta végétation, débilité de mes exigences, à rebours, nous vivons à rebours.
Un autre retour, à une autre vie, des vices, des marais, des inconsistances,
tout ceci abonde de noms, de non-constructions, tentant de transcrire les sombres
pointillés vagabonds des rebonds et des remords.
Le mot remords donne l'envie de mordre, de le mordre sauvagement, remords de qui,
tort de quoi, envie de quand et d'où...
Le billet que j'attends ne vient pas, n'arrive plus, mes messages se recroquevillent
pour retomber à l'état de cendre libre, se détachant en maintes particules.
Je rêvais d'un autre monde, il pensait partir à l'assaut de la vie, de la liberté, tu pensais
vraiment être le détracteur de belles pensées et tous ces mots sauvages meurent
comme ils sont nés, beaux, vrais, puis faux et laids, vieux, morts.

1 commentaire:

  1. Très riche, très évocateur, luxuriant.
    Attention: "je bruis", et non "je bruisse".

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