samedi 31 octobre 2009

épluchure de pierre

Comme un satin les doigts se fourvoient dans une escalade dangereuse
renâclent, courent à la débâcle, se chiffonnent en un rude remous,
en vertige, découvrent le corps granuleux de la marche de pierre
dévorée d'une petite mousse ronde en forme de dos d'hérisson,
s'érigent en amants très tendres et se griffent enfin contre la dureté
indéniable des mille grains agglutinés, serrés, dénudés, matité émouvante.

Comme un col de cygne les doigts se penchent vers le seuil de pierre
en deuil, lierre liégeois empreint d'éblouissantes paillettes d'humidité,
se meuvent en catimini pour, blanc satin, déchiffrer cette agonie difficile,
il courent, pianotent, minaudent, enfin pourlèchent cette grève inaccessible.
Ils esquissent ce mouvement érotique, ébouriffent à rebours la matière inerte
qui, blême, souhaiterait ardemment posséder ce pouls qui pulse et fait gicler la vie.

Une larme de pierre semble percer au profond d'un interstice infime,
juste une trace diaphane, déliée en un rouleau argenté, serait-ce un signe?
Ont-ils pu débrider ce délire d'amertume figée, griffer le vide et le froid
de ce noble matériau fièrement étalé? Ont-il su décrypter cette glaciale
apologie de la mort digne, dégoutter doucement comme on transpire
sur un corps qu'on aime? Une mousse au détour de ces frigides

aspirations de pierre, ne sachant ni respirer, ni inspirer, poumons atones,
jalouses Hermiones au long parcours sanglant, instauration d'une loi
du silence où nul mot ne saurait être prononcé sans faire frissonner ce
morne végétal, en survie, ne roulant, n'amassant aucun galet de compagnie,
inspiration du moment, en harmonie avec le passage galant d'une nuée de nuages,
ombre vibratoire, insufflant pour un grêle instant, l'aile du mouvement passager.

A rebours, les doigts ossifiés abreuvent leur squelette de cette maigre pitance,
les voiles de la tentation tombent lentement en berne, n' éprouvant cette douceur
du phallus dont on distend les tissus en secousses savamment agencées,
déçus, déchus, inutiles, tombés en disgrâce, raidis par le manque d'affection,
éblouis plus loin par les tiges de blé, les pétales arrondis de colchiques décaties,
tentés d'abandonner à tout jamais cette atroce maîtresse de pierre, envieux granit.

jeudi 29 octobre 2009

spirale de pierre

colimaçon ardu de sentiments pointus
rêvant d'appartenir à la lignée des rêves humains,
mais je ne vois que pierre ankylosée, graduée,
pleine en pied, peine de l'homme, dure,
elle n'obéit guère qu'à son immobilité froide,

torse nu pierre ne frissonne jamais, coeur de
pierre ne sourcille non plus si ce n'est pour s'émouvoir
d'une infime dégradation portant atteinte à sa perfection,
une frange de mousse s'installe, frigide végétal,
serpent gris aux écailles tordues, mol reptile nubile,

colimaçon ardu de sentiments pointus,
je rêve de messages charnus, de bagages velus
susceptibles de m'adorer lors de bleus voyages,
groupe de brindilles charmantes pourléchant ma pensée,
tout en haut la tour marmoréenne aux bras de l'horizon,

j'appréhende ces dédales indécis, inconstants de l'ombre,
de la froidure, de frondaisons pendables qui masquent
toute tentative de dard réconfortant, ces dédales
s'enroulant tels de longues écharpes strangulant
la moindre échappatoire sentimentale ou respiration

en moi se déploient les chemins lugubres d'esprits tortueux,
tortues lourdes de tragédie blanche, attaques en différé
qui me laissent ivre les bras en croix, crucifxion expiatoire
censée brûler des tâches qui ne sont pas miennes,

colimaçon des débris de pierre insalubre, descendre
ces marches abruptes le plus rapidement possible,
se hâter sans tomber, ne pas oublier l'absence des rembardes,
aucune protection, chute libre, vertige de l'égarement,
vite, retrouver le sol des fleurs, des arbres et de ma soeur.

mercredi 28 octobre 2009

mélodie enrubannée

c'est très joli cette mélodie molle qui clignote
enrubannée telle cette nouvelle que tu m'annonças
une nouvelle longue, tranche pleine de melon-ballon,
ces manches retroussées sur l'ardue tâche de ta réflexion

joliesse souple de couples de notes à la dérive lente
crochetées de maille noire, couperet net de la sensibilité,
étrange mal-être humain flottant en drapeau retors,
mors maladroit qui entrave les mots, les motets,

une mélodie si douce en rapport à un mal latent,
sourd, sournois, hypocrite, masqué, madrigal malsain,
dichotomie informe du sourire et de la déchirure féminine,
un souffle, un répit, un tourment, un doigt jeté en l'air,

une mélodie enrubannée qu'importe elle me fait penser
à un gros oeuf de pâques totalement absurde dans sa forme,
sa présentation, son existence même, ruban trop riche,
incrusté de brillance faussement attrayante, de tenue

trop rudimentaire pour attirer mon attention introvertie,
un papier rutilant, pétillant, triste d'aspect, l'ongle s'y brise
s'y noie à loisir comme pour renier ces fioritures tournoyantes
trop transsexuelles pour évoquer un quelconque agrément

je ne peux dédier cette mélodie à personne qu'à moi-même
mélodie des temps qui chutent, des dents qui ricanent,
des ombres pernicieuses qui obstruent mon paysage imaginaire,
mélodie d'un autre temps, d'une autre liberté un jour gagnée.